Relevé 04 · Château et patrimoine
Murets, cabordes et fontaines autour de Geruge
Identifier murets, cabordes, fontaines et croix autour de Geruge. Rôle agricole, savoir-faire local et bons réflexes pour observer sans dégrader.
Château et patrimoine autour de Geruge Mis en ligne le
Si vous marchez autour de Geruge, vous croisez des murs bas, des tas de pierres et parfois une petite construction de pierres nues qui tient sans ciment. Vous vous demandez à quoi servait cet abri perdu au milieu des prés. Vous allez apprendre à reconnaître la cabane en pierre sèche, à comprendre son usage agricole des XVIIIe et XIXe siècles et à lire les indices qui la distinguent d’un simple tas ou d’un vestige très ancien.
Que cherchait l’abri au bout du champ ?
La cabane en pierre sèche est un édifice champêtre bâti entièrement sans mortier, avec des pierres d’extraction locale. Elle servait d’abri temporaire ou saisonnier au cultivateur des XVIIIe et XIXe siècles, dans une parcelle éloignée de son habitation permanente. Vous devez l’imaginer comme un point d’appui pour la journée ou la saison : on y rangeait des outils, on y mettait des animaux à l’attache, on y gardait une récolte avant le transport. La construction ne remplace pas la maison. Elle permet de rester sur place quand le champ est loin et que l’aller-retour fait perdre du temps. Quand vous trouvez une forme fermée, couverte, posée au bord d’une parcelle, vous regardez donc un auxiliaire du travail agricole, pensé pour un usage ponctuel et répété.
Des pierres locales montées sans mortier
Le premier repère est le matériau lui-même. Les pierres viennent du sol proche, calcaire du Revermont ou éboulis trié à la main, et elles sont montées sans liant. La tenue vient du choix des blocs, de leur calage et du fruit du mur, c’est-à-dire son inclinaison vers l’intérieur. Vous pouvez observer la face externe : les pierres sont serrées, les joints sont croisés, les plus grosses portent la charge en bas. Cette maçonnerie en pierre sèche est une technique rurale très répandue, transmise par la pratique. Elle se combine ici avec des procédés de franchissement de l’espace librement adaptés de l’architecture savante, comme la voûte de pierres encorbellées et inclinées ou la voûte clavée. Le type architectural qu’est la cabane ne se confond ni avec la technique du mur sans mortier ni avec le seul procédé de voûtement. La technique et le procédé sont vieux comme le monde, et leur ancienneté ne prouve pas à elle seule l’âge de l’édifice que vous avez sous les yeux. Pour revoir les gestes de calage, vous pouvez lire le récit consacré à remonter un muret en pierre sèche pas à pas.
Quelles voûtes pouvez-vous lire sous le toit ?
Si l’entrée est dégagée, penchez-vous et regardez le couvrement. Vous pouvez rencontrer quatre dispositifs décrits pour la France. La voûte aux pierres encorbellées et inclinées vers l’extérieur sur plan circulaire, observée dans une cabane à Espagnac dans le Lot. La voûte formée de deux encorbellements symétriquement opposés, observée à Joncy en Saône-et-Loire. La voûte clavée en berceau, observée dans une bergerie à Redortiers dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le voûtement pyramidal d’une cabane de plan rectangulaire, observé à Vaudres à Gabillou en Dordogne. Ces différences ne sont pas un décor. Elles tiennent à la forme du plan, à la pierre disponible et au savoir-faire du monteur. La variété des formes et la plastique originale viennent de la diversité géologique des matériaux, de la variété des fonctions et des différences d’inspiration des constructeurs. Un plan rond appelle une réponse, un plan rectangulaire une autre, et c’est cette adaptation que vous lisez dans la courbe intérieure.
Des mains paysannes, pas des architectes
Ces cabanes relèvent d’une architecture sans architecte, dite anonyme. Elles sont l’œuvre de paysans et d’ouvriers autoconstructeurs ou de maçons dont le nom est perdu, et non d’architectes comme pour les bâtiments religieux, militaires et civils du passé. Elles entrent dans l’architecture rurale par leur implantation dans les campagnes, le plus souvent aux marges des terroirs, par leur intégration aux aménagements en pierre sèche des champs cultivés : murs, tas d’épierrement et voies de cheminement, par leurs fonctions essentiellement agricoles et dans une moindre mesure pastorales, et par leur mode d’utilisation occasionnel, temporaire ou saisonnier. Elles sont aussi une architecture populaire, portée par le petit peuple des campagnes et des villes, et une architecture vernaculaire. Celle-ci a surgi dans un même mouvement de construction qui touche diverses régions avec des décalages dans le temps ; elle caractérise les couches sociales qui l’ont bâtie et utilisée, et elle diffuse des techniques, des plans et des formes au-delà du cadre régional et national, comme les cabanes décrites en détail permettent de le vérifier. Loin d’être un phénomène seulement méditerranéen, la cabane se rencontre dans le Lyonnais, la Bourgogne, la Franche-Comté et la Champagne, ainsi qu’en Irlande, en Grande-Bretagne et en Suisse.
Pourquoi ces cabanes vivent-elles puis s’effacent-elles ?
Une cabane a une durée de vie utile. Au cours de son service, elle subit des vicissitudes, des modifications et des réfections, avec une porte reprise, un pan de voûte remonté ou un mur doublé. Dès son abandon, elle cesse d’être entretenue et s’achemine petit à petit vers la ruine puis la disparition. Vous voyez souvent cet état intermédiaire dans le Jura : un angle écroulé, une voûte ouverte vers le ciel, des pierres éboulées qui nourrissent un pierrier. Cette trajectoire aide à situer leur ancienneté. Ces édifices appartiennent à l’architecture des temps modernes, XVIIe et XVIIIe siècles, et surtout à l’époque contemporaine avec le XIXe siècle. Ils n’ont rien à voir avec les architectures funéraires, militaires et domestiques de la Préhistoire et de l’Antiquité : chambres sous cairn, tombes mycéniennes, nuraghes ou cabanes chalcolithiques. Les époques sont très éloignées ; la place dans l’échelle socio-économique n’est pas la même et les techniques diffèrent malgré des analogies. La voûte de pierres sèches encorbellées et inclinées reste distincte de la voûte d’appareil en tas de charge, aux pierres taillées et placées à l’horizontale. Le célèbre Trésor d’Atrée à Mycènes se compare à ce qui lui est comparable par la fonction et le rang : les mausolées des rois et empereurs, la tombe de Napoléon aux Invalides à Paris ou le mausolée de Lénine sur la place Rouge à Moscou, et non à un abri de cultivateur.
Le Jura porte-t-il encore ces abris ?
L’extension du phénomène a été cartographiée pour la première fois en 1978 par Christian Lassure et Michel Rouvière du Centre d’études et de recherches sur l’architecture de pierre sèche, puis actualisée en 1988, 1995, 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005 au fil des découvertes. Les départements où des zones à cabanes ont été signalées sont au nombre de 52. Dans certains, les zones sont nombreuses ; dans d’autres elles se limitent à de rares isolats ou à quelques structures isolées. L’aire couvre les deux tiers sud de la France, si l’on excepte la façade atlantique. Le Jura y figure pour le premier plateau à l’est de Lons-le-Saunier, ce qui place vos sorties autour de Geruge dans une frange documentée. Les départements voisins éclairent le contexte : l’Ain vers Ceyzériat, le Doubs vers Besançon, la Côte-d’Or avec le Châtillonnais et les vignobles de Nolay et de Meursault, la Haute-Saône vers Champlitte et Bucey-lès-Gy, la Saône-et-Loire vers Genouilly, Joncy et Tournus. La page Wikipédia ne publie pas de relevé parcelle par parcelle autour de Geruge. Pour situer vos observations dans le relief, vous pouvez utiliser les sentiers et points de vue autour du Mont Orient comme cadre de marche.
Comment éviter la confusion avec les pierres très anciennes ?
Sur le terrain, gardez trois contrôles simples. Vérifiez le lien avec le parcellaire : la cabane agricole touche un mur, un tas d’épierrement ou une voie de cheminement, car elle sert le champ et non un enclos sacré. Vérifiez la mise en œuvre : des pierres brutes ou à peine retouchées, montées à sec, avec une voûte d’encorbellement inclinée ou un berceau clavé, sans taille régulière à l’horizontale. Vérifiez l’échelle sociale : un volume modeste, une porte basse, une surface qui accueille des outils, quelques bêtes ou des gerbes, et non une chambre monumentale. Si ces trois signes se rejoignent, vous êtes devant l’abri temporaire du cultivateur et non devant un témoin funéraire ou militaire antique. La fiche sur la cabane en pierre sèche présente cet édifice champêtre sans mortier et son usage saisonnier pour les outils, les animaux et la récolte, puis elle détaille les voûtes, les formes régionales et la carte des 52 départements avec les repères du Jura. Vous pouvez noter le plan, photographier l’entrée et le couvrement, puis replacer la construction entre mur et tas avant de poursuivre votre boucle.