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Carnet du Mont-Orient Geruge, Revermont, Jura

Relevé 05 · Château et patrimoine

Lire une ruine médiévale avant de la protéger

Apprendre à lire murs effondrés, archères et négatifs de poutres. Méthode pour comprendre une ruine médiévale avant un chantier de sauvegarde.

Château et patrimoine autour de Geruge Mis en ligne le

Maçonnerie médiévale usée, trous de boulin et fougères poussant entre les blocs de calcaire.

Vous êtes devant un mur écroulé et vous vous demandez par où commencer pour comprendre sans abîmer et sans conclure trop vite. Vous allez apprendre à regarder le bâti encore debout, puis le sol et ses abords, et à laisser chaque indice à sa place avant toute interprétation.

Pourquoi une ruine se lit lentement

L’archéologie médiévale est une jeune discipline et ce rappel vous aide à rester modeste devant une ruine. On peut faire remonter sa naissance en France au XIXe siècle, au moment où les œuvres littéraires du courant romantique ont remis au goût du jour les ruines gothiques longtemps reléguées. En 1834, Arcisse de Caumont fonda la Société française pour la conservation et la description des monuments, qui avait pour but l’inventaire des monuments d’intérêt historique. À la même époque, Prosper Mérimée fut nommé inspecteur général des Monuments historiques et Eugène Viollet-le-Duc réalisa les restaurations de grands monuments d’architecture religieuse ou fortifiée, tels que la cathédrale Notre-Dame de Paris, la basilique Saint-Denis ou encore la cité de Carcassonne. Pourtant, il s’agissait avant tout d’une archéologie monumentale bien plus proche de l’histoire de l’art et de l’architecture que de la fouille archéologique. Vous comprenez ainsi que regarder ne suffit pas et que décrire demande du temps.

Que regardent vos yeux en premier sur un mur ?

Vous commencez par ce qui tient encore debout et vous distinguez ce geste de la recherche du bâti disparu. L’archéologie médiévale s’intéresse aux vestiges conservés au-dessus du sol et liés à la construction des édifices, et l’on parle alors d’archéologie du bâti. À la recherche du bâti disparu s’ajoute l’étude du bâti existant qui révèle parfois des éléments inédits des édifices existants, permettant de mieux les comprendre d’un point de vue historique, architectural, religieux ou sociétal. Devant le mur, vous observez les enduits anciens, les peintures murales et les vestiges cachés sans les gratter ni les déplacer. Vous suivez les hauteurs, les ruptures et les reprises, et vous notez ce que vous voyez au lieu de nommer trop vite une fonction. Le guide du château et du patrimoine de Geruge vous donne un cadre proche pour replacer ces observations dans une promenade.

Comment distinguer ce qui tient encore de ce qui est tombé ?

Vous séparez d’un côté le mur en place et de l’autre les blocs tombés, car mélanger les deux fausse toute lecture. L’intérêt pour les vestiges n’a réellement connu un regain qu’à partir des années 1960 et 1970, au moment où les historiens médiévistes se sont intéressés de plus près aux vestiges archéologiques, parallèlement aux grands travaux de réaménagement des centres-villes, la destruction des vestiges anciens provoquant la mise en place de grandes fouilles archéologiques urbaines. Cette histoire vous rappelle que le sol bouleversé perd sa valeur d’indice. En France, l’archéologie médiévale occupe aujourd’hui une bonne place, aux côtés des périodes antique et protohistorique, dans les fouilles réalisées dans le cadre de l’archéologie préventive, tant dans les villes que dans les campagnes. Vous ne fouillez donc pas vous-même et vous laissez les volumes effondrés exactement où ils se trouvent.

Quel savoir se cache derrière vos gestes simples ?

Votre lenteur rejoint une discipline qui a mis du temps à poser ses bases. C’est dans le dernier quart du XXe siècle que les bases de l’archéologie médiévale ont été posées par Michel de Boüard, Gabrielle Démians d’Archimbaud et Jean-Marie Pesez, aujourd’hui considérés comme les refondateurs de la discipline, dans le cadre de recherches sur les résidences castrales et les villages désertés. Plusieurs revues académiques sont créées à cette époque : Archéologie médiévale en 1971 et Archéologie du Midi médiéval en 1983. Cependant, ce n’est qu’à partir des années 2000 que l’archéologie médiévale s’émancipe de l’histoire médiévale, en affirmant poser ses propres questions et pouvoir y apporter des réponses qui lui sont propres. Si l’autonomie de l’archéologie médiévale est reconnue, les moyens et le personnel universitaire semblent encore insuffisants. L’archéologie médiévale, spécialité consacrée au Moyen Âge, se consacre à la recherche et à l’étude de tout ce qui se rapporte au Moyen Âge. Vous retenez de ce parcours que chaque ruine mérite une question propre plutôt qu’une réponse plaquée.

Pourquoi les papiers et les vieux plans aident-ils vos pas ?

Vous n’avez pas besoin d’archives en main pour comprendre que le paysage garde des traces. À la différence des périodes plus anciennes de l’histoire de France, de la Protohistoire et de l’Antiquité romaine, l’archéologie médiévale s’appuie fréquemment sur l’étude paléographique des sources archivistiques et l’analyse des documents planimétriques médiévaux et modernes, grâce à la méthode régressive. Cette approche a permis le développement, ces dernières années, de l’archéogéographie, mettant en évidence le phénomène de résilience des formes anciennes, routes, parcellaire et autres tracés, dans le paysage actuel. Devant la ruine, vous regardez donc aussi les chemins, les limites de parcelles et les orientations qui se prolongent au-delà du mur. Vous vous demandez si un tracé actuel reprend une forme ancienne, sans affirmer ce que vous ne pouvez pas vérifier sur place.

Quand devez-vous vous arrêter et ne rien toucher ?

Vous vous arrêtez dès que votre geste risque de déplacer, de gratter ou de prélever. Par extension et faute de mieux, les archéologues médiévistes ont pendant longtemps eu la charge d’étudier les vestiges archéologiques postérieurs au Moyen Âge ; on a même pendant un temps parlé d’archéologie postmédiévale, avant que l’archéologie moderne et l’archéologie contemporaine ne se développent et qu’elles soient aujourd’hui considérées comme des disciplines à part entière, dotées de spécialistes. Cette répartition vous invite à ne pas dater seul un mur tardif ni un aménagement récent. Vous photographiez sans flash agressif, vous restez sur les passages stables et vous ne montez pas sur les maçonneries fragiles. Les itinéraires et points de vue autour du Mont-Orient vous aident à préparer une observation depuis des appuis sûrs et à limiter votre impact au sol.

Comment garder trace sans dégrader ?

Vous gardez trace avec des moyens légers et vous acceptez que certaines questions restent ouvertes. L’archéologie médiévale est enseignée dans de nombreuses universités françaises, aux niveaux de licence, de master et même de doctorat dans certains établissements qui disposent d’une véritable chaire d’archéologie médiévale. Vous ne remplacez pas cet enseignement, mais vous adoptez sa rigueur à votre échelle : noter l’heure, la lumière, la face observée, les enduits anciens aperçus, les peintures murales entrevues et les vestiges cachés qui affleurent sans y toucher. Vous écrivez ce que vous avez vu, puis ce que vous ignorez encore, et vous refusez d’inventer un nom, une date ou une fonction. Vous comparez vos notes d’une visite à l’autre au lieu de conclure sur place.

L’archéologie médiévale selon la page Wikipédia : il s’agit d’une spécialité de l’archéologie consacrée à la recherche et à l’étude de tout ce qui se rapporte au Moyen Âge. On y trouve un historique depuis le XIXe siècle et les restaurations de grands monuments religieux ou fortifiés jusqu’aux refondateurs et aux revues créées en 1971 et en 1983. On y trouve aussi l’état de la pratique, fouilles préventives en ville et en campagne, méthode régressive, archéogéographie et archéologie du bâti. Vous pouvez repartir avec vos notes et relire le mur à la visite suivante sans y avoir laissé aucune marque.