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Carnet du Mont-Orient Geruge, Revermont, Jura

Relevé 14 · Chantiers et agenda

Remonter un muret en pierre sèche

Remonter un muret en pierre sèche comme sur les chantiers jurassiens. Tri des pierres, assises, boutisses et drainage pour un mur stable sans mortier.

Chantiers bénévoles et agenda patrimoine Mis en ligne le

Vue rapprochée d'un mur en pierre sèche remonté, boutisses apparentes et lit de gravier au pied.

Vous allez remonter un muret en pierre sèche autour de Geruge et vous voulez un ouvrage stable sans mortier. La réponse tient en une phrase : vous assemblez à sec des moellons, des plaquettes, des blocs et des dalles, bruts ou ébauchés, pour monter un mur d’enclos ou de soutènement qui tient par le choix et l’équilibre des pierres.

Que vous dit le mur avant de le toucher ?

Regardez d’abord sur quoi le mur s’appuie et ce qu’il retient. La page distingue le mur de clôture de haute élévation, qui entoure une propriété et ferme la vue, du muret ou de la murette, mur bas qui n’arrête pas la vue. Elle distingue aussi le mur de démarcation entre deux parcelles et le mur de soutènement de terrasse agricole, enterré sur sa face en amont et chargé de soutenir la poussée des terres. Ce dernier rend cultivables des zones pentues et réduit l’érosion due au ruissellement. En pays montagneux, un autre soutènement protège routes et chemins des éboulements et des glissements de terre. Si vous marchez vers les murets et cabordes de Geruge, vous voyez ces fonctions dans le paysage avant de toucher une pierre.

Pourquoi trier les pierres change tout ?

Le tri prépare l’équilibre parce que la maçonnerie travaille sans aucun mortier liant. Vous séparez les moellons, les plaquettes, les blocs et les dalles, puis vous mettez à part les éléments bruts et ceux déjà ébauchés. Les plaquettes fines trouvent leur place dans les calages visibles et les remplissages, les moellons portent les assises courantes, les blocs lourds stabilisent la base et les angles. La pierre privilégiée vient de zones proches de la surface du sol, soit du dérochement lors de la construction de champs ou de terrasses, soit de l’épierrement des parcelles cultivées, plus rarement de découvertes ou de carrières. En région calcaire, cette pierre superficielle s’est clivée en strates et fracturée en blocs arrondis, en dalles et en plaquettes sous l’effet du gel, et elle reste en règle générale friable, gélive et peu résistante. Vous comprenez alors pourquoi le choix se fait pierre par pierre.

Faut-il poser une fondation sous un muret ?

Vous n’avez pas à chercher une semelle maçonnée pour parler de pierre sèche. L’expression construction à cru désigne seulement une construction reposant à même le sol, sans fondation, et elle ne veut pas dire construction à pierres écrues. Le point de départ reste donc simple : vous dégagez la terre végétale, vous retrouvez un sol sain et vous posez les plus gros blocs bien assis. Le dérochement à la barre à mine, aux coins en fer ou à la poudre a fourni autrefois d’énormes quantités de pierres pour ces aménagements agricoles, tandis que l’épierrement ne livre des quantités importantes que dans la longue durée, année après année, après le labour. Vous imitez cette économie en réemployant la pierre tombée au pied du mur et celle des tas d’épierrement voisins.

Comment monter des assises qui tiennent sans mortier ?

Vous montez les assises de moellons ébauchés en croisant les joints d’une assise sur l’autre, chaque pierre portant sur deux pierres du rang inférieur. La maçonnerie à pierres sèches refuse le mortier et demande de la minutie dans le choix, l’agencement et l’équilibrage des pierres, avec un travail soigné de calage des moellons. Vous placez le parement le plus régulier vers l’extérieur, vous bourrez l’intérieur sans vider les joints en façade et vous gardez la face enterrée du côté amont quand vous soutenez une terrasse. Certaines cabanes et granges aux murs prétendument à pierres sèches sont en réalité bâties avec un mortier de terre ou mortier d’hirondelle, invisible en parement, qui assure l’étanchéité à l’air et à la pluie et prévient le poinçonnement, c’est-à-dire la fissuration ou l’écrasement sous les pressions localisées des arêtes supérieures. Votre muret de plein champ n’a pas besoin de ce liant si chaque pierre trouve son assise.

Où passent les pierres qui relient les deux parements ?

Un muret épais compte deux parements et un remplissage, et c’est la liaison qui fait la solidité. Vous reliez entre eux les deux parements à l’aide de boutisses traversantes, appelées aussi pierres parpaignes, même quand un mortier de terre est employé. Vous posez ces traverses à intervalles réguliers, bien ancrées dans chaque face, plutôt que de multiplier les petites cales. Vous vérifiez l’aplomb au fil des rangs et vous gardez un fruit léger quand le mur soutient des terres. Les aménagements associés aux murs montrent le même soin du détail : passages à eau et à gibier ou compte-moutons ouverts à la base des murs, passages à berger au sommet par échancrure et marches. Dans les Alpes-Maritimes et le Var, des renfoncements appelés assousta ou sousta servent d’abri temporaire au travailleur, et des aires caladées de 3 m sur 2, nommées cargadou ou descargadou, entourées sur trois côtés par une murette, servent à entreposer les olives et le raisin.

Comment fermer le haut pour que le mur dure ?

La page Wikipédia ne publie pas de coupe cotée du couronnement. Vous terminez pourtant le travail en protégeant le sommet avec les dalles et les blocs les plus sains de votre tri, posés de manière stable et bien jointifs pour rejeter l’eau et charger l’ensemble. Vous évitez les pierres gélives en partie haute et vous remplacez tout élément qui sonne creux ou s’effrite. Le vocabulaire aide à nommer ce que vous faites : la maçonnerie à joints vifs, distincte de la pierre sèche, assemble des pierres de taille aux faces soigneusement dressées et appartient aux architectures savantes, tandis qu’en vieux français, des actes nîmois du XVIIe siècle parlent de pierres essuytes, du participe passé latin exsuctus, mis à sec. Au sens strict, la pierre sèche désigne la pierre et son mode d’emploi, comme la pierre de taille ou le pisé banché, et non chaque construction prise isolément.

Quels abris et quels usages concernent vos gestes ?

Vos gestes sur un muret rejoignent ceux des abris ruraux porteurs et voûtés. La plupart des aiguiers, citernes creusées dans la roche et alimentées par récupération des eaux de ruissellement, sont couverts d’une voûte de pierres sèches encorbellée ou clavée. La galinière du haut Quercy, cabane circulaire à toit conique de lauses, sert de poulailler ; le grangeon du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence sert de grange ; le jas des monts de Lure et d’Albion abrite les troupeaux ; le pailler du Nebbio garde la paille et la tine de la garrigue de Nîmes, couverte d’une voûte encorbellée, sert d’entrepôt provisoire pour la vendange ou les olives. Près de chez vous, l’abri formé de deux encorbellements symétriquement opposés à Granges-sur-Baume, dans le Jura, montre ce que l’encorbellement permet sans cintre. Les tas d’épierrement portent d’autres noms selon les pays : clapas en Languedoc, clapier en Provence, chirat dans les monts d’Or lyonnais, murée dans le Mâconnais, murger en Côte-d’Or, dans la Nièvre et en Haute-Saône, murzaie en Vendée, cayrou dans le haut Quercy. Pour voir ces gestes en vrai, consultez l’agenda des chantiers bénévoles, puis repérez un tronçon bas à remonter.

La page Wikipédia sur la maçonnerie à pierres sèches définit l’assemblage à sec sans mortier pour murs, arcs et voûtements.

Vous y trouvez la clarification entre pierres sèches, pierres crues et joints vifs, les rôles du mortier de terre et du caladage, et l’inventaire des murs, abris, restanques, puisards, digues et tours de berger.

Vous y lisez aussi la provenance des pierres par dérochement et épierrement et l’exemple jurassien de Granges-sur-Baume.

Retenez une assise, une boutisse et une dalle de sommet, puis allez trier vos premières pierres sur le sentier.