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Carnet du Mont-Orient Geruge, Revermont, Jura

Relevé 02 · Château et patrimoine

Histoire du château de Mont-Orient

Du castrum médiéval aux ruines actuelles, retracer histoire du château de Mont-Orient, seigneurs, destructions et indices que les pierres racontent encore.

Château et patrimoine autour de Geruge Mis en ligne le

Fragment de mur médiéval percé d'une baie en arc, envahi de lierre, sur un versant boisé dans la brume.

Le château fort réunit deux fonctions dans un même enclos de pierre : défendre et administrer un territoire au nom d’un seigneur. Vous allez suivre ses grandes phases du Xe au XVIIe siècle pour mieux lire les murs que vous croisez en promenade.

Pourquoi le château naît-il après l’an 1000 ?

Vous marchez dans un paysage où chaque replat semble avoir porté un poste de garde et vous vous demandez d’où vient cette densité de fortifications. La page consacrée au château fort relie leur diffusion vers l’an 1000 à un type de société dite féodale, marquée par la disparition de l’État carolingien et par la régionalisation des pouvoirs. Le transfert de l’autorité vers des pouvoirs locaux crée une insécurité durable, attisée par la rivalité des grands possédants et des petits chefs. Cette régionalisation militarise la société et favorise l’érection de nombreux lieux fortifiés, qui symbolisent un pouvoir sur les hommes et sur la terre. Plus le pouvoir territorial des principautés reste fort, moins les châteaux sont nombreux, et plus il est faible, plus ils apparaissent tôt et en nombre. Dans l’ouest et le Midi de la France, où le pouvoir royal est absent et où l’autorité des ducs et des comtes reste limitée, vous auriez vu des châteaux nombreux et précoces, parfois dès la fin du IXe siècle et plus couramment dans la seconde moitié du Xe siècle. Dans les régions germaniques à l’est d’une ligne allant de la Saône au Rhône, où l’empereur reste puissant jusqu’au XIIIe siècle, leur apparition est plus tardive et leur diffusion plus limitée jusque vers le deuxième quart du XIIe siècle.

À quoi reconnaissez-vous une enceinte castrale et une motte ?

Vous pouvez apprendre à distinguer les premières formes avant même de chercher un donjon de pierre. L’enceinte castrale, avec la motte castrale, compte parmi les premiers châteaux forts de l’histoire et des recherches récentes en Normandie la placent même avant la motte, avant 1066. Elle occupe souvent un terrain plat sur un éperon ou un promontoire, protégée par une tour-porche sommaire, des douves ou des fossés, et par une palissade plantée ou non sur un terrassement formé avec la terre du fossé. De forme ovoïde, elle abrite quelques bâtiments et une mesnie aristocratique, parfois une petite communauté paysanne, et le terme de château y est alors employé à tort. Le premier château de Caen, élevé pour le duc Guillaume le Conquérant, en offre un exemple avec une enceinte de cinq hectares qui épouse un éperon, où une grosse porte fortifiée formait l’élément défensif principal avant la fondation du donjon au XIIe siècle. La motte castrale appartient à la seconde moitié du Xe siècle et au début du XIe siècle. Vous l’imaginez comme une butte artificielle coiffée d’une tour entourée d’une palissade et d’un large fossé, avec une basse-cour séparée par un fossé qui accueille habitations, écuries et bâtiments agricoles. Les dimensions varient de cinquante à deux cents mètres de diamètre pour une hauteur de dix à soixante mètres, et les matériaux, la terre et le bois, expliquent en partie son succès.

Quand la pierre remplace-t-elle la terre et le bois ?

Vous entendez souvent que la pierre aurait succédé partout au bois, mais la réalité décrite est plus nuancée et vous aide à regarder un mur sans idée reçue. La fortification en pierre ne correspond pas à une étape obligatoire, car les châteaux en pierre n’ont pas succédé aux châteaux en terre et en bois. Le choix du matériau dépend des moyens du commanditaire et du terrain, et la roca ou roque apparaît dès le Xe siècle dans les régions montagneuses de l’Europe méridionale. Au Xe siècle, la pierre reste rare et correspond parfois à une construction romaine plus ou moins modifiée, comme le castrum d’Andone, les remparts du Mans ou la cité de Carcassonne. Pour les constructions neuves, elle concerne avant tout les donjons. Les premiers grands donjons à base rectangulaire apparaissent dans la vallée de la Loire, à Langeais à la fin du Xe siècle, et le rôle pionnier est traditionnellement attribué au comte d’Anjou Foulques Nerra. Avant Langeais en 994, la forteresse des ducs d’Aquitaine à Maillezais, à l’emplacement de l’abbaye Saint-Pierre, fut construite entre 970 et 980, en partie ou entièrement en pierre, et il en reste une tour-porte conservée pour l’abbaye. Les donjons sont ensuite adoptés en Normandie puis en Angleterre et en Allemagne au cours du XIe siècle. À Loches, haut de trente-sept mètres, les analyses placent l’achèvement entre 1015 et 1035, avec un étagement vertical qui réunit l’aula pour la salle publique, la capella pour la chapelle et la camera pour la vie seigneuriale. Pour lire les archères et les maçonneries sur le terrain, vous observez donc d’abord l’assise, les reprises et les ouvertures plutôt qu’un supposé âge d’or unique.

Comment le XIIe siècle change-t-il la défense ?

Vous arrivez à l’apogée du château fort proprement dit au XIIe siècle, parfois appelé château roman, au moment de la Renaissance du XIIe siècle où seigneurs et chevaliers lettrés redécouvrent les traités d’art militaire romain comme l’Epitoma rei militaris de Végèce. À partir de 1150, les techniques s’adaptent aux progrès de la poliorcétique, et Philippe Auguste mène autour de 1200 une campagne de mise en défense du royaume qui diffuse un modèle dit philippien. Les murailles deviennent plus hautes et plus épaisses, avec un blocage entre deux parements de deux à trois mètres d’épaisseur en moyenne, jusqu’à sept mètres pour le donjon de Douvres vers 1180, afin de résister aux trébuchets puis aux mangonneaux. Les fondations sont creusées plus en profondeur et peuvent atteindre le sous-sol rocheux, tandis que l’élargissement en fruit à la base, voire en glacis ou en talus, limite la sape et fait ricocher les objets lancés des courtines. Le plan devient plus ramassé pour réduire la surface à défendre. La courtine se dote de tours de flanquement à partir de 1160, d’abord rectangulaires puis semi-circulaires et enfin circulaires, plus nombreuses et rapprochées, qui résistent mieux et ne laissent aucun angle de tir mort. Le donjon circulaire, comme ceux du Louvre et du château de Rouen, construits sous Philippe Auguste, devient la règle générale après 1150, même si sa fonction de défense se réduit au profit du symbole seigneurial, et le logis plus confortable se place contre l’intérieur de l’enceinte. Vous trouvez dans cette histoire détaillée du château fort la suite des aménagements en bois aujourd’hui disparus, barbacanes, lices, bretèches et hourds, qui expliquent l’aspect trop minéral des ruines actuelles.

Que change le XIIIe siècle dans l’enceinte ?

Vous pouvez repérer la maturité du système défensif à la doublure des murs et à la géométrie du plan. Au XIIIe siècle, le château se dote d’une double enceinte dont les deux remparts dégagent un espace intermédiaire appelé les lices. Des tourelles suppriment les angles morts, un chemin de ronde court au sommet et le fossé devient plus large et plus profond. Contre les projectiles incendiaires, les toits sont couverts de plomb et les planchers remplacés par des voûtes de pierre. Le plan resserré et géométrique s’impose, carré pour le Louvre, avec un châtelet d’entrée et des systèmes défensifs au sommet de l’enceinte. Issu de l’Île-de-France, ce type dit philippien se diffuse rapidement à toute l’Europe occidentale à partir de la fin du XIIe siècle et devient l’archétype du château fort. Les princes et les rois entourent aussi leurs villes d’enceintes, à Rouen, Paris, Laon, Aigues-Mortes, Provins ou Angers. La page consacrée au château fort ne publie pas le relevé pierre à pierre d’un site précis du Jura. Sur place, vous regardez donc les épaisseurs conservées, les arrachements de tours et les traces de chemin de ronde pour comprendre comment l’enceinte organisait la surveillance et le cantonnement.

Pourquoi l’artillerie rend-elle les murs vulnérables ?

Vous vous demandez pourquoi tant de murs éventrés semblent appartenir à la même fin d’histoire. La poudre à canon est introduite en Europe au XIVe siècle, mais n’affecte vraiment la construction qu’au XVe siècle, quand l’artillerie devient assez puissante pour détruire les murs en pierre. À partir de 1418, l’usage des boulets en fer se généralise, bien plus destructeurs que les boulets de pierre, et les canons de la fin de la guerre de Cent Ans ouvrent des brèches plus efficacement que la sape ou le bélier. Les châteaux continuent pourtant d’être construits jusqu’au XVIe siècle et s’adaptent, avec des plates-formes d’artillerie au sommet des tours comme à Fougères, des barbacanes en U ou en proue de navire devant les entrées comme à Bonaguil et Lassay, des fossés élargis défendus par un moineau comme à Loches, et des fausses braies comme à Gisors et Domfront. À Salses, à la frontière franco-espagnole, l’ingénieur aragonais Ramirez enterre le château pour résister aux tirs rasants, avec un rempart de douze mètres d’épaisseur et quatre tours circulaires percées de canonnières, selon le principe de la défense active qui consiste à répondre au canon par le canon. En France, le château reste utilisé pendant les guerres de Religion dans la seconde moitié du XVIe siècle, sans construction neuve, puis Henri IV ordonne la destruction ou le démantèlement de nombreuses forteresses, dont le château de Rouen, pour éviter qu’elles servent de repaire aux ennemis de l’autorité royale.

Que reste-t-il à observer autour de vous ?

Vous revenez au sentier avec un autre regard sur les pierres éparses et les talus. Au XVIIe siècle, la défense par réseau castral est révolue au profit des villes citadelles comme Lille, Besançon ou Neuf-Brisach et de l’armée en bataille, décrite comme une muraille humaine. Les châteaux devenus obsolètes sont adaptés à la vie résidentielle, avec des ponts-levis remplacés par des ponts fixes en pierre, des bâtiments percés de fenêtres à meneaux, et parfois un logis neuf ajouté à l’ancien donjon comme à La Clayette au XVIIIe siècle puis en style néo-Renaissance au XIXe siècle. À partir du XVIIIe siècle, le style néogothique suscite même de faux châteaux forts sans aucun rôle défensif. L’image actuelle peut être faussée car les bases talutées disparaissent souvent sous le remblai et les restaurations du XIXe siècle ont parfois créé un état fictif au service d’une fonction circonstancielle. Le mot château vient du latin castellum par l’ancien français chastel, d’où la castellologie, et les chercheurs définissent le château fort comme la résidence fortifiée privée d’un noble ou d’un seigneur, détenteur du droit de ban à l’origine d’une châtellenie ou d’un bourg, distincte du palais non fortifié et de la citadelle de défense publique. Vous pouvez relier ces repères au guide du château et du patrimoine de Geruge, noter les changements de parement, mesurer à vos pas la largeur d’un fossé et photographier les meurtrières et les canonnières pour comparer les phases avant votre prochaine sortie.